Minute de la SGDL

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Le pseudonyme

L'interview 4:16

Philippe Chauveau
Comme chaque mois, notre rendez-vous avec la SGDL, la Société des Gens de Lettres, cette association plus que centenaire dont le rôle est d'accompagner les auteurs dans leur vie d'écrivain.
Valérie Barthez, bonjour, vous êtes la juriste de la SGDL. Nous évoquons aujourd'hui un thème répandu dans le milieu littéraire, le pseudonyme.
Pourquoi un auteur décide-t-il de prendre un pseudonyme ?

Valérie Barthez
Sans être exhaustif, nous pouvons citer plusieurs cas.
L'auteur peut vouloir tester la qualité de son écriture. Par exemple, Romain Gary, auteur à succès, décide, à un certain moment de sa vie, de publier des romans sous plusieurs pseudonymes, dont celui d'Emile Ajar, afin de vérifier si sa qualité d'écrivain était indépendante de sa notoriété.

Ensuite, il peut y avoir le changement de genre littéraire. L'auteur ne souhaite pas être identifié comme un auteur de romans légers ou érotiques, à l'inverse de son registre d'auteur « sérieux ».
Il peut s'agir aussi de raisons purement pécuniaires. Un auteur peut, en dehors de sa création littéraire, ou poétique ou autre, écrire parallèlement des livres pour des collections grand public (comme Harlequin) et des ventes plus importantes. Pour ces publications « alimentaires » l'auteur préférera prendre un pseudonyme pour ne pas « brouiller » son image.

On peut aussi citer d'autres exemples :
Philippe Joyaux, mineur à l'occasion de la parution de son 1er roman « Une curieuse solitude » en 1958, devient Philippe Sollers pour éviter à sa famille le scandale d'une publication qui raconte de façon crue l'éducation sexuelle d'un jeune homme de 15 ans.
De même, Dominique Aury, la femme de l'auteur et éditeur Jean Paulhan, a publié à l'époque le désormais célébrissime « Histoires d'O » sous le pseudonyme de Pauline Réage.

Philippe Chauveau
Pour un auteur qui prend un pseudonyme, quelles sont les conséquences sur ses droits ?

Valérie Barthez
L'auteur signe un contrat d'édition sous son nom patronymique, avec mention du pseudonyme et avec l'obligation pour l'éditeur d'une part de publier sous ce nom-là, d'autre part, de ne pas révéler l'identité de l'auteur. L'éditeur est tenu à la confidentialité. Il devient alors une sorte de mandataire de l'auteur. Il est le seul interlocuteur vis-à-vis de tiers, et a la capacité de contracter au nom de l'auteur.

Par ailleurs, publier sous un pseudonyme a pour conséquence de modifier la durée de protection de l'œuvre. Si l'auteur n'est pas « identifié », on ne peut calculer la durée de protection des droits sur la durée légale, puisqu'elle est de 70 ans après la date de son décès. Je rappelle que l'éditeur n'a pas le droit de dévoiler l'identité.

Donc il y aura deux cas : soit le texte sera protégé 70 ans après la date de la 1ère publication, puisqu'il est impossible de connaître la date du décès de l'auteur sous pseudonyme. Si l'auteur révèle son identité au cours des 70 ans suivant la publication, la protection redevient la règle légale, calculé à partir de la date de son décès.

Philippe Chauveau
Un auteur peut-il faire reconnaître officiellement son pseudonyme ?

Valérie Barthez
Les conditions d'utilisation d'un pseudonyme ne font l'objet d'aucune réglementation particulière. Il s'agit d'un nom choisi librement par une personne pour dissimuler au public son identité réelle dans l'exercice d'une activité particulière.
Attention toutefois à ne pas emprunter le nom d'autrui à titre de pseudonyme, qui pourrait être considéré comme une usurpation, et qui pourrait alors donner lieu à une action en justice. On ne peut pas prendre Victor Hugo comme pseudonyme !

L'usage d'un pseudonyme peut parfois compliquer la vie des organisateurs de manifestations : un billet d'avion pris sous un pseudonyme, lorsqu'on on ignore que c'en est un, et que l'auteur est refoulé à l'entrée de l'avion puisqu'il n'y a pas le même nom sur ses papiers d'identité…
Il faut savoir qu'il est possible de faire inscrire sur sa carte nationale d'identité le pseudonyme si « sa notoriété est confirmée par un usage constant et ininterrompu, et s'il est dénué de toute équivoque ». Il faut alors produire un acte de notoriété délivré par un notaire ou une attestation fournie par un syndicat professionnel. La SGDL est habilitée – et l'a encore fait récemment à la demande d'un auteur – à fournir cette attestation qui sera donnée à l'administration, celle-ci disposant bien sûr d'un pouvoir d'appréciation à l'étude du dossier.

Philippe Chauveau
Merci Valérie Barthez. On se retrouve le mois prochain. On rappelle le site Internet de la SGDL, www.sgdl.org.

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