Minute de la SGDL

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L'adaptation audiovisuelle

L'interview 4:11

Bonjour Valérie. Evoquons aujourd’hui le grand, comme le petit écran avec les adaptations cinématographiques ou télévisuelles d’œuvres littéraires. Du film d’André Cayatte Au bonheur des dames avec Michel Simon, d’après Zola au long-métrage de Luc Besson Adèle Blanc-Sec, l’héroïne de BD imaginée par Tardi, les exemples ne manquent pas.
Quelle est la définition d’une œuvre audiovisuelle ?

L’adaptation audiovisuelle en matière littéraire se définit par le fait de porter à l’écran une œuvre écrite, ce qui par définition suppose des modifications sur l’œuvre première, parfois importantes. Ce qui n’est pas sans conséquence sur les droits de l’auteur, comme nous allons le voir.

Quelles sont les obligations pour un réalisateur ou un producteur ?

Le producteur ou le réalisateur qui souhaitent adapter un ouvrage devront dans un premier temps demander l’autorisation à l’auteur. Dans la majorité des cas, si l’ouvrage est publié, l’auteur a signé un contrat d’adaptation audiovisuelle avec son éditeur. C’est donc l’éditeur qui détient les droits et à qui il faudra demander l’autorisation puis passer un contrat de production audiovisuelle, à charge pour l’éditeur de respecter les dispositions du contrat avec son auteur, et de le tenir informé notamment pour ce qui concerne les questions de droit moral.

Il ne faut pas oublier non plus de se poser d’autres questions, comme par exemple le cas d’une traduction : si vous souhaitez adapter un ouvrage qui a été traduit, il faudra disposer des autorisations de l’auteur de l’œuvre original et du traducteur, qui lui-même a fait acte d’œuvre protégée.

De même, pour adapter la vie d’une personne ayant existé, l’accord de cette personne ne sera pas nécessaire si l’auteur de l’ouvrage a lui-même obtenu l’accord de la personne dont la vie est racontée. Un exemple concret, pour être plus claire: lorsque Nicole Garcia a décidé d’adapter le roman d’Emmanuel Carrère à l’écran, qui aboutira au film « L’adversaire », elle n’a pas eu à obtenir l’accord de Jean-Claude Romand, dont l’histoire est racontée dans le livre, car Emmanuelle Carrère avait lui même obtenu cet accord. Il n’y a donc pas atteinte à la vie privée.

A contrario, cela signifie que si une adaptation se construit sur un ouvrage qui raconte une histoire vraie sans l’autorisation des protagonistes de cette histoire, le réalisateur ou le producteur peuvent être exposés à des poursuites pour atteinte à la vie privée s’ils n’obtiennent pas l’accord de ces personnes.

Comment, en général, se règle la question du droit moral ?

Dès qu’il y a adaptation, le droit moral est particulièrement concerné. On imagine déjà les modifications, et autres dénaturations possibles qu’une œuvre écrite peut subir dans le cadre d’une adaptation audiovisuelle. C’est la raison pour laquelle l’autorisation devra être obtenue du vivant de l’auteur, ou 70 ans après la date de son décès, c'est-à-dire lorsque l’œuvre est toujours dans le domaine protégé. Mais également lorsque l’œuvre est dans le domaine public, afin de respecter ce fameux droit moral, qui je le rappelle est perpétuel.

Cela dit, en cas d’adaptation audiovisuelle, il y a des modifications, ou des changements par rapport à un texte écrit, qui sont inévitables. En acceptant le principe d’une adaptation, l’auteur ne pourra faire jouer son droit de manière pleine et entière. Par exemple, la Cour de Cassation a jugé que l’adaptation du Petit Prince pouvait entraîner la création de personnages autres, qui n’existent pas dans l’œuvre écrite, pour les besoin du film d’animation et que cela ne peut pas porter atteinte au droit moral de Saint-Exupéry.

Cela ne soulève-t-il pas des problèmes, dans la pratique ?

Si, bien sûr. C’est pourquoi un auteur peut refuser par principe toute adaptation audiovisuelle de ses œuvres. Car une fois la version définitive du film achevée, seule une dénaturation du texte, constatée par un juge, c'est-à-dire après une procédure devant les tribunaux, pourrait justifier l’interdiction du film.

L’autre solution est celle de l’auteur Raphaëlle Billetdoux, qui alors même qu’elle avait accepté l’adaptation, n’a pas reconnu son œuvre dans le film « Mes nuits sont plus belles que vos jours » d’Andrej Zulawski. Elle a écrit une lettre au producteur lui demandant de retirer son nom ainsi que le titre du livre de tous les supports de promotion et de diffusion du film. Et de terminer sa lettre en demandant une confirmation en retour sur l’intention de ce producteur de respecter le seul droit qui lui restait…

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