Grands Prix SGDL 2014
Reportage Web-TV culture à l'hôtel de Massa

Chantal Thomas

Grand Prix SGDL de littérature pour l’ensemble de l'œuvre

L’échange des princesses (Seuil)

Née à Lyon, Chantal Thomas est directrice de recherches au CNRS et spécialiste de la littérature du XVIIIe siècle. Elle a publié des essais sur Sade, Casanova, Marie-Antoinette et Thomas Bernhard ainsi qu’un recueil de nouvelles La vie réelle des petites filles (Gallimard, 1995) et un récit Cafés de la mémoire (Seuil, « Réflexion », 2008).  En 2002, elle obtient le Prix Femina pour son premier roman Les Adieux à la reine (Seuil, dans "Fiction & Cie", fondée par Denis Roche et aujourd'hui dirigée par Bernard Comment) qui sera adapté au cinéma par Benoît Jacquot. En 2008, Alfredo Arias adapte au théâtre la nouvelle L’Ile flottante (Mercure de France, 2004). En 2010, elle publie Le Testament d’Olympe (Seuil, « Fiction & Cie »). Son dernier essai Un air de liberté vient de paraitre aux éditions Payot. Chantal Thomas a également publié plusieurs textes dans la collection Rivages poche/Petite Bibliothèque dirigée par Lidia Breda,  notamment : Comment supporter sa liberté (2000), Souffrir (2006), L’esprit de conversation (2011)…

 

Le pouvoir, vu du côté des hommes : être roi de France, ou même Régent, comme Philippe d'Orléans, ma foi, c'est un métier plutôt agréable, que l'on aimerait transmettre à son fils. Mais voilà : à sa majorité, Louis XV prendra le pouvoir qui lui revient. D'où l'idée de génie : si on le mariait à une princesse impubère, comme l'infante espagnole ? Le roi est de santé fragile, si la reine de quatre ans doit attendre dix ans pour engendrer un héritier, il y a de bonnes chances pour que le fils du Régent règne un jour... Par la même occasion, sa fille pourrait épouser l'infant d'Espagne et devenir reine à son tour. Coup double...

Le pouvoir, vu du côté des femmes. Les deux princesses sont des marchandises que l'on s'échange, en 1721, comme un paquet de linge blanc, et que l'on rendra, quatre ans plus tard, comme un tas de linge sale, lorsque les politiques auront changé. Pour l'infante accueillie à Versailles, c'est le rêve. Pour Mlle de Montpensier, c'est "l'entrée dans le règne du désastre". Pour fêter dignement l'une, on multiplie les fêtes ; pour l'autre, un autodafé de bienvenue, où l'on rôtit quelques hérétiques, dont onze femmes, précise galamment le fiancé — "est-ce une attention spéciale pour sa féminité ?" Si l'odeur se confond avec celle de la viande grillée dévorée en famille, cela rappelle que l'Escurial, fondé pour commémorer une victoire... contre les Français, ses compatriotes, et pour servir de panthéon royal (donc sa future tombe !), a adopté dans son plan la forme d'un gril en l'honneur du martyre de saint Laurent... Ambiance.

Le roman évoque en parallèle la courte vie royale des deux princesses prisonnières des politiques familiales. Des scènes à l'ironie dévastatrice, ou à l'émotion touchante, dont les femmes sortent meurtries, et les hommes écœurés. Car il n'est pas mieux loti, ce Régent boursouflé qui ignore l'histoire de son pays et rêve de régner sous le nom de Philippe II, ou ce Philippe V d'Espagne qui finit par abdiquer avant de devoir remonter sur le trône à la mort de son fils. Le goût de cendre que parfois laisse l'Histoire se révèle plus intensément encore dans un roman.  

Jean Claude Bologne

 

Robert Nédélec

Grand Prix SGDL de poésie pour l'ensemble de l'œuvre

Quatre-vingts entames en nu (Editions Jacques Brémond)

 

Né à Saint-Pol-de-Léon dans le Finistère, Robert Nédélec partage son existence entre la Bretagne, où il a passé toute son enfance et la Provence, où il a choisi de se fixer aujourd’hui. Il a édité plus d'une vingtaine d’ouvrages, en particulier Le bon vivant (Jean Le Mauve, 1978) ; Poème du pays qui a feint (Cyclope/DEM, 1979) ; Lieu d'yeux et de lait (Jean Le Mauve, 1980) ; Sang n'étant pas divisible par toi (Quintefeuille, 1981) ; Sache que dans ce corps (Jean Le Mauve, 1988) ; Le chemin de l'aven (Jean Le Mauve, 1990) ; La belle affaire (Jean Le Mauve, 1994) ; La page double (L'Arrière-pays, 1997) ; Contre-jour (L'Arrière-pays, 2007) ; Entouré d'eau de tous côtés (Editions de l'Atlantique, 2010) ; Plein champ (Aspect, 2014).

 

Abîmé au bord, abîmé au fond, abîmé au centre… Ainsi va, ou plutôt ne va pas, l’univers dans Quatre-vingts entames en nu. On pense à Samuel Beckett, on n’assiste pourtant pas à la raréfaction du verbe mais, au contraire, à sa multiplication, jusqu’à l’ivresse. Bien qu’il ne reste au fond de la gorge qu’un mélange de sons stériles.

Ces poèmes en prose sont autant d’entames détaillant la nudité d’un roi. On dit avoir entendu parler de ce panache formidable et des hommes défigurés qui hurlaient nus, une seconde au plus, avant de n’avoir jamais existé. On ne saura pas si cette explosion fut l’origine ou la fin, rien n’est assuré. Tout au plus, un narrateur innommé désigne l’homme qui se délite, il n’a aucune vocation à refaire le film. Il dresse, seulement, l’inventaire de la ruine. Et, pour que celle-ci soit bien rendue, le texte doit être lui-même ruiné. D’où un emploi particulier des métaphores qui le composent.

Une métaphore qui « fonctionne bien » nous présente un « comparant » qui nous renvoie à un « comparé », le tout dans un contexte, un élément tiers qui assure le lien de l’un à l’autre. Il y a transport de sens, mais vers une destination définie. La « volière de rires » d’Albert Cohen n’est jamais qu’une assemblée de jolies femmes qu’on qualifie de poulettes – la valeur ajoutée de la métaphore tenant peut-être à la suggestion d’une envolée érotique. Chez Robert Nédélec, le comparant ne renvoie  clairement à aucun comparé, et on constate l’absence de tout motif (l’élément tiers). Les signifiants se développent librement, évoquant une suite de significations jamais arrêtées. Ainsi le discours s’envole ; mais on pourrait aussi bien dire qu’il s’enfonce, comme une lame. Ainsi la forme sert-elle le fond.

Cependant quelque chose ne plie pas, une attente subsiste, que se déclare une voix comme soumise à la torture et touchant à la vérité. Un espoir qui s’égrène au conditionnel incertain : on irait par-dessus les jours […], on étendrait sur d’immenses plages… Voilà l’impossible désir qui relance celui qui ne s’en laisse pas conter, et qui pourtant, page après page, développe ces très beaux festons de langage composés d’images, de sensations d’autant plus fortes, singulières, que leur sens rebondit sans cesse.

Mathias Lair

 

Shumona Sinha

Grand Prix SGDL du Roman

Calcutta (L'Olivier)

 

Née à Calcutta, Shumona Sinha obtient le prix du meilleur poète du Bengale en 1990 puis  s'installe à Paris en 2001 pour y faire ses études. Après un DEA en lettres modernes à la Sorbonne, elle publie son premier roman écrit en français Fenêtre sur l'abîme (La Différence, 2008). En 2011, les éditions de l’Olivier publient Assommons les pauvres ! très remarqué par la critique et qui obtient le Prix du roman populiste 2011 et le Prix Valéry-Larbaud 2012. Avec le poète Lionel Ray, Shumona Sinha est auteure de plusieurs anthologies de poésie française et bengalie. 

 

 

Avec son deuxième roman, Assommons les pauvres !, Shumona Sinha racontait le malaise quotidien d’une interprète de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides, écartelée entre commisération et rage devant les pauvres et naïfs mensonges de ses compatriotes.

Avec Calcutta, roman très autobiographique, à l’écriture puissante, qui s’ouvre sur la mort de Shankhya, le père de Trisha, la narratrice, voilà Shumona Sinha de retour au Bengale. Elle y retrouve le quartier, la maison, les meubles et les objets de l’enfance et tout la bouleverse. Elle se souvient que l’huile d’hibiscus était un remède pour adoucir la folie de sa mère et que la couette rouge remisée au grenier dissimulait l’arme de son père communiste. Dans les années 1970, les communistes comme lui étaient pourchassés, souvent exécutés, et Trisha n’était qu’une enfant lorsqu’elle le surprit cachant le revolver « dans le pollen de coton, entre deux plis du quotidien ». Aujourd’hui, elle se souvient, penchée sur le corps glacé de l’homme aux lèvres bleues.

 

Sylvestre Clancier

 


Tonino Benacquista

Grand Prix SGDL de la Nouvelle

Nos gloires secrètes (Gallimard

 

Tonino Benacquista est né en banlieue parisienne dans une famille d’émigrés italiens.

Après avoir exercé divers métiers, décors de ses premiers romans, Tonino Benacquista construit une œuvre dont la notoriété croît sans cesse. Après les intrigues policières de
La maldonne des sleepings (Gallimard, 1989) et de La commedia des ratés, (Gallimard, 1991), il écrit Saga (Gallimard, 1997) qui reçoit le Grand Prix des lectrices de Elle en 1998.
En 2002, il obtient le Grand Prix RTL-Lire pour son roman Quelqu’un d’autre.

Egalement scénariste pour la bande dessinée : L’Outremangeur, (Casterman, 1998),
La boîte noire, illustrés par Jacques Ferrandez, (Gallimard/Futuropolis, 2000) ; Il co-écrit avec Daniel Pennac les 74e et 75e albums de Lucky LuKe illustrés par Achdé  Lucky Luke contre Pinkerton (2010) et Cavalier seul, (2012). Tonino Benacquista écrit aussi pour le cinéma : co-scénariste avec Jacques Audiard des films Sur mes lèvres et De battre mon cœur s’est arrêté, leur valent un César en 2002 et 2006.

Son roman Malavita (Gallimard, 2004) vient d’être adapté au cinéma par Luc Besson, avec Robert De Niro, Michelle Pfeiffer et Tommy Lee Jones dans les rôles principaux.

 

Les six personnages de Benacquista sont tous en quête d’une ultime victoire, celle des révélations inattendues. L’assassin, jusque-là ignoré en tant que tel, rêve que la police sache enfin, mais grâce à lui. Le vieux musicien richissime, en plaçant son argent, ne veut que rendre les coups subis dans la cour d’école. Le parfumeur, lui, est toujours à la poursuite de « son » parfum, lequel n’est pas de son fait et ne le sera jamais. Un jeune garçon s’adonne à l’autisme avec ses seuls parents et pour un but inattendu. Et pour finir, l’homme célèbre voulant fêter ses cinquante ans, invite ceux qu’il nomme ses amis, et…

Tous ces individus donc, et sans exception, n’ont pas voulu la vie qu’ils ont menée même quand elle apparaît aux autres couronnée de succès. Ils cachent, à eux-mêmes parfois, le but réel de leur existence, laquelle se révèle un beau jour et se profile comme une gloire sans aucun rapport avec celle dont l’entour les croyait entourés. Benacquista démontre là que tous, plus ou moins, nous poursuivons l’inatteignable autrement que dans un rêve. Pas vous ? Bien sûr on y parvient ou pas, et pas nécessairement hélas avec son talent, sa plume, son humour caché. Chaque lecteur après tout n’a t-il pas besoin lui aussi de glorioles secrètes ?

 

Christiane Baroche

 


Christine Jordis

Grand Prix SGDL de l’Essai

William Blake ou l’infini (Albin Michel)

 

Née en Algérie, Christine Jordis est écrivain, critique littéraire et éditrice. Diplômée de la Sorbonne et d’Harvard, elle soutient une thèse de doctorat sur l’humour noir anglais, puis devient responsable de la littérature au British Council de 1979 à 1991. Editrice, elle dirige pendant plus de vingt ans la fiction anglaise aux éditions Gallimard. Journaliste, elle collabore entre autre au Monde des livres.  Elle est membre du Prix Femina, du Prix Baudelaire de la traduction, du Prix du Meilleur livre étranger, du Prix Nicolas Bouvier et plus récemment membre du comité de lecture aux éditons Grasset.

Christine Jordis est l’auteure d’une quinzaine de livres dont : De petits enfers variés
(Le Seuil, 1989, Prix Femina de l’essai ) ; Gens de la Tamise (Le Seuil, 1999, Prix Médicis de l’essai) ; Une passion excentrique : Visites anglaises, (Le Seuil, 2005 - Prix Valery-Larbaud et Prix Anna de Noailles) ;  Un lien étroit (Le Seuil, 2008, Prix Cabourg) ; L’Aventure du désert (Gallimard, 2009) ;  Une vie pour l’impossible (Gallimard 2012, Prix Charles-Oulmont de la Fondation de France en 2013).

A travers son œuvre poétique et picturale, c’est à une des plus radicales revendications libertaires que la pensée occidentale ait connues que William Blake a donné naissance.

« Changer l’homme et le monde », telle était son intention profonde, et il n’est pas étonnant que la jeunesse rebelle des années 70, hantée par une semblable ambition, en ait appelé à lui et se soit reconnue dans ses visions. La prophétie d’un Nouvel Age annoncé par Blake, si elle ne s’est pas réalisée dans le monde matériel, a débouché sur une maturation d’une part au moins des esprits, de génération en génération. Mais parce qu’elle excède et récuse toute autorité temporelle sur l’être humain, la pensée de Blake et son influence sont intemporelles.

C’est à elles, mais aussi à l’existence difficile, d’une certaine façon héroïque de cet homme tout entier gouverné par l’Idéal, que Christine Jordis a consacré cet ouvrage pénétrant couronné aujourd’hui par le Grand Prix SGDL de l’Essai.

 

Georges-Olivier Châteaureynaud


Loïc Le Pallec

Grand Prix SGDL du livre Jeunesse

No Man’s land (Sarbacane)

 

Loïc Le Pallec est né en Normandie. La fiche du bureau de recrutement indique que sa scolarité s’est brutalement interrompue au cours de son adolescence et qu’il a ensuite exercé diverses activités dans les domaines de la restauration, du tourisme, de l’enfance inadaptée… Aide-machiniste de scène, peintre en bâtiment, régisseur sur des courts-métrages, traducteur, il est aujourd’hui assistant à la réalisation sur des projets multimédia et réalisateur vidéo.

Cinéphile et lecteur compulsif, Loïc Le Pallec habite Montréal, mais s’envole vers les Alpes dès qu’il peut pour marcher et écrire. No Man’s Land est son premier roman.

 

Un roman dont les héros sont des robots. Archi, Meph, Domo, Rambo et quelques autres ont survécu à une catastrophe nucléaire qui a anéanti l’humanité. Poussés par une mystérieuse impulsion, ils se retrouvent tous dans la ville où ils ont été conçus. Au fil des jours, ils s’installent, redonnent forme à leur environnement et s’aperçoivent qu’ils sont en train de changer, de gagner en compréhension et en sensibilité. Cette étrange évolution, à laquelle ils n’étaient pas préparés, leur ouvre un monde inconnu de sentiments et de sensations qui les rapprochent peu à peu de ces êtres humains qui les ont créés. Quelle est leur véritable fonction au-delà des tâches utilitaires pour lesquelles ils ont été inventés ? Quel sera leur avenir dans ce monde dévasté ? Autant de questions qui alimentent la réflexion au fil des pages et rendent l’intrigue captivante.

Loïc Le Pallec réussit le tour de force d’écrire un roman divertissant et profond, sensible et drôle, et crée un univers littéraire d’une richesse peu commune. À travers ses personnages de robots, on voit s’esquisser l’histoire de l’humanité. Ou plutôt on assiste à la naissance d’un monde nouveau, débarrassé de ses démons, habité par la curiosité, la joie et l’amour. On ne dévoilera pas la fin troublante de l’histoire, qui propose une formidable mise/remise en perspective. De quel côté penche la balance en fin de compte ? De celui de l’espoir ou du désenchantement ? Au lecteur de se faire sa religion…

 

Corinna Gepner


Sophie Chauveau

Prix Paul Féval

Noces de charbon (Gallimard)

Sophie Chauveau est écrivain, dramaturge et metteur en scène.

Auteure de plusieurs essais, Débandade, (J.-J. Pauvert, 1983) ; Sourire aux éclats, (Robert Laffont, 2001) ; Éloge de l’amour au temps du sida, (Flammarion, 1995), on lui doit une monographie sur l’art comme langage de l’amour : Frédéric Brandon. Quel détour que l’art pour dire je t’aime, (Colin Maillart, 1991). Sophie Chauveau a également  écrit de nombreux romans parmi lesquels : Les Belles Menteuses (Robert Laffont, 1992) ; Mémoires d’Hélène, (Robert Laffont, 1992 ) ; La Passion Lippi, (À vue d’œil, 2006, et Folio , 2006 ) ; Le Rêve Botticelli, (À vue d’œil, 2006 et Folio, 2007 ) ; L’Obsession Vinci, (Télémaque, 2007 et Folio, 2009) ainsi que des biographies : Léonard de Vinci (Folio Biographies, 2008) ; Diderot,
le génie débraillé
(Télémaque, 2009).

 

Noces de charbon entrelace la grande Histoire et la petite. « La petite, c’est moi », nous dit Sophie Chauveau. L’auteur en effet, partant de la fin du XIXème siècle dans le nord de la France, dévale les degrés d’une histoire familiale complexe et conflictuelle pour arriver à la révolte libératrice d’une jeune fille, elle-même, en mai 68. Une écriture rapide, portée par des formules acérées qui étincellent, file à travers tout un siècle, et vous tient en haleine comme dans un roman à suspense.

Sophie Chauveau fait en effet un roman de cette grande saga du charbon qui fut aussi celle de sa famille. L’or noir suscite des passions fortes, qui font s’entrechoquer des mondes, se nouer alliances et mésalliances, et émerger des personnages puissamment romanesques. Portraitiste percutante, que ce soit « côté Proust » ou « côté Simenon », Sophie Chauveau sait porter le fer, parfois aussi laisser filtrer du sentiment. Chez les Fourny, Max, dandy profiteur sans cervelle, est dévoré de jalousie pour Emile, « le petit pauvre » entré par le haut dans la famille. Lanounou, autre pauvre, entrée elle dans la famille par le bas, y fait en quelque sorte métier de sainte. Micheline, héritière et maîtresse femme, sera finalement rattrapée par l’inéluctable déclin du charbon. Angèle, échappée du coron, réussira en passant par la « cocotterie » mais aussi grâce à son travail. Et ainsi de suite. Beaucoup d’enfants sacrifiés aux égoïsmes, beaucoup de cadavres dans les placards.

Notre Sophie, petite-fille de Micheline et de son amant secret, le mystérieux et magnifique monsieur Marcel, grandit tant bien que mal. Et voilà mai 68. « Mai 68 m’offre de tout jeter aux oubliettes… de m’envoler » dit-elle. Les derniers mots du roman: « Je vole encore ». Le même élan fait voler l’écriture de Noces de charbon et, avant, a sans doute porté Sophie Chauveau, auteur entre autres de biographies réputées sur les peintres de la Renaissance italienne.

Pierrette Fleutiaux

 

Jean Maison

Prix de Poésie Charles Vildrac

Le Boulier cosmique (Ad Solem Poésie)

 

Jean Maison vit en Corrèze et partage sa vie entre une activité de producteur négociant de plantes médicinales biologiques et l'écriture poétique. Très marqué par Chateaubriand, Cendrars, Reverdy, il adresse ses premiers poèmes à René Char avec qui il liera une amitié jusqu'à la mort du poète. Jean Grosjean, Georges-Emmanuel Clancier, Jacques Dupin le soutiendront.

Très attentif à la poésie contemporaine, il s’intéresse à sa diversité éditoriale et participe régulièrement à la revue Recours au poème. Il a publié notamment Consolamentum (Farrago, 2004) ; Jan Voss : un pas devant l’autre, (Virgile, 2008) ; Araire, (Rougerie, 2009) ; Le premier jour de la semaine, (Ad Solem, 2010) ; La vie lointaine, (Rougerie, 2014). Depuis ses premières publications, il réalise également des livres d’artistes avec des peintres graveurs et photographes parmi lesquels : Kurt Mair, Ramon, Canta, Alain Giméno,
Serge Serrano, Gérard Cyne, Yasmina Mahdi, Jan Voss, Jane Le Besque, Pierre Laffitte.

 

Jean Maison est herboriste. C’est aussi un poète rare, à la fois inspiré et grave. Il est de ceux qui après Patrice de la Tour du Pin, Pierre Emmanuel, Jean Grosjean, Jean-Claude Renard ou Pierre Oster osent se confronter au chant et au sacré du monde, s’établir dans l’inconnu et tenter de dire l’invisible. Le poète sensible qu’il est, sait que sortir de soi est la condition qui rend possible tout échange et qu’il faut voir chaque rencontre comme une ouverture sur une région de l’être qui demeurait jusque là cachée à notre regard. Dante a rencontré Béatrice et il a vu en elle la Beauté en soi – la Sagesse. Il y a quelque chose de cela dans l’expérience que rapporte Jean Maison. Une rencontre dans une rue de Philadelphie, aux Etats-Unis, et l’espace et le temps se sont élargis – l’universel s’est comme concentré dans le particulier : il a pris un visage. Quelque chose du « nouveau monde » perce dans Le boulier cosmique – celui qui récapitule tout ce que nous avons aimé. Il nous attend au bout du voyage et pourtant il apparaît déjà pour ceux qui ont des yeux pour le voir.

 

 Sylvestre Clancier

 

 

Linda Lewkowicz

Grand Prix SGDL de la Fiction radiophonique

« Petit T » ou comment devenir analphabète (RTBF)

Linda Lewkowicz est belge d'origine polonaise. Depuis 2010, elle pratique deux métiers, l’un social et l’autre artistique qui se complètent et nourrissent son travail d’écriture. À L’Entraide des Marolles, maison médicale, sociale et de santé mentale située dans un quartier populaire bruxellois, elle coordonne un projet d’alphabétisation. Elle a été rédactrice en chef du magazine culturel Scènes édité par La maison du spectacle La Bellone et a notamment écrit dans plusieurs revues : Les Cahiers Prospero, la Revue de l’ULB, Alternatives théâtrales,…. Elle a publié un échange épistolaire avec Marcel Moreau, L’amour est le plus beau des dialogues de sourd (éditions de la Revue Ah). Linda Lewkowicz a reçu le prix radiophonique SACD  Belgique pour Posséder/Déposséder et prépare un nouveau projet pour la radio « Mémoire ou, ce qu’il reste quand on a tout oublié ». 

 Le documentaire rejoint la fiction pour nous conter l’histoire de ce petit garçon de 10 ans, en Belgique francophone, qui se heurte à tout l’appareil éducatif de l’école… Cette émission traite ici avec délicatesse et sensibilité de l’impossibilité de lire par l'écoute grâce à l’art de la radio, voix, soupirs, envols, afin que l’imaginaire redonne sa place aux mots…

Ces lectures impossibles, ces difficiles écritures - que l'analphabète porte comme un lourd fardeau - nous font redécouvrir  à nous qui trouvons si naturel, si banal et évident de lire et d'écrire - une autre approche des mots et des sons...Et les chances quotidiennes magnifiques - auxquelles nous ne pensons plus - que nous avons de pouvoir.....lire un menu au restaurant par exemple....Tout ce qui nous semble tellement "normal", au fond, redevient tout à coup, à l'écoute de Petit T le luxe le plus précieux....la jouissance, l'allégresse d'arracher au monde ses lettres qui font sens.....Lire et écrire ? Les seules valeurs qui vaillent.

Car au delà de l’analphabétisme, Petit T nous dit aussi la tragédie intime et ordinaire d’être un oublié du monde social. Le constat est terrible, mais le mélange très subtil des témoignages et de la fiction, la mise en son formidablement inventive, l’humour et l’espoir qui pointent souvent sous la douleur des mots, évitent au document tout pathos.

Le constat final est qu’il n’y a, au-delà des difficultés, rien d’immuable.

Le jury a récompensé la générosité du propos, la densité humaine de ce documentaire, sa capacité à déployer peu à peu une véritable polyphonie par le biais des sons, des mots, des phrases, jusqu'à créer un véritable univers sonore, son art de mêler les voix sans jamais les diluer, en leur redonnant toute leur place dans un ensemble où elles font sens.

 

Texte collectif des membres du jury.

 

 

PETIT T - ou comment devenir analphabète  est un projet sélectionné dans le cadre de l’appel à projets Du Côté des ondes, soutenu par la RTBF, la Promotion des Lettres, la SACD, la SCAM, la SACD France et la SCAM France.

Documentaire francophone en partenariat avec la RTBF (Par Ouï-dire)* dans le cadre de Union Européenne de Radio-Télévision.

* Par Ouï-dire : des émissions proposées pour la RTBF produites par Pascal Tison.

 

 

 

Sika Fakambi

Prix Baudelaire de traduction de la SGDL pour l’ensemble de son œuvre,

à l’occasion de la traduction de l’anglais (Ghana) de

Notre quelque part de Nii Ayikwei Parkes (Zulma)

 

Née au Bénin, Sika Fakambi a passé son enfance entre Ouidah et Cotonou et a grandi entre plusieurs cultures et différentes langues. Elle a vécu à Paris, Dublin, Sydney, Toronto et Montréal ; elle réside aujourd’hui à Nantes. Traductrice littéraire, il lui arrive aussi de travailler dans l’édition et de collaborer à l’hebdomadaire Courrier international. 

Elle a traduit notamment : Notre quelque part, Nii Ayikwei Parkes (Ghana), éditions Zulma, 2014 (prix Mahogany du roman 2014, Prix Baudelaire 2014) ; Amarjit a le whisky amer, Kirpal Singh, in Miniatures Singapour, éditions Magellan & Cie, 2013 ; Anabranche, Andrew Zawacki (États-Unis), à paraître aux éditions Grèges ; Carnet Bartleby, Andrew Zawacki (États-Unis), éditions de l’Attente, 2012 ; Georgia, Andrew Zawacki (États-Unis), éditions de l’Attente, 2009 ; Pardon, Gail Jones (Australie), éditions du Mercure de France, 2008.

 

Métissée, tour à tour savoureuse, poétique et poignante : telle est la traduction du premier roman de Nii Aikwei Parkes, auteur à la fois ghanéen et londonien, poète et performeur à ses heures. En effet, Notre quelque part ne se résume pas à l’enquête menée, après une découverte macabre, par la police d’Accra dans le village ancestral de Sonokrom. Cette petite communauté reculée devient le théâtre d’une confrontation captivante entre deux mondes. Les voix des villageois répondent à celles des policiers, les légendes de Yao Poku, vieux chasseur amateur de vin de palme, aux questions que se pose Kayo, jeune médecin légiste formé à Londres.

La traduction du va-et-vient entre anglais véhiculaire, twi, et pidgin ghanéen demandait de l’agilité et de la virtuosité. À l’évidence, Sika Fakambi (à laquelle l’auteur rend d’ailleurs hommage) n’en manque pas. Grâce au talent avec lequel elle restitue ce foisonnement linguistique, usant judicieusement du français standard et des langues maternelles de l’Afrique de l’Ouest francophone, chaque chapitre s’écoute autant qu’il se lit. D’où la jubilation avec laquelle on se laisse transporter vers ce « quelque part » oublié, puis rattrapé, par la modernité.

France Camus-Pichon

 

Michel Vanoosthuyse

Prix Nerval SGDL-Goethe Institut à l’occasion de la traduction de l’allemand de

L’art n’est pas libre, il agit. Ecrits sur la littérature (1913-1948) d’Alfred Döblin (Agone Editions)

 Né à Roubaix, Michel Vanoosthuyse est agrégé d'allemand, docteur ès-lettres et professeur émérite à l’université Paul-Valéry de Montpellier. Ses travaux (articles, direction d'ouvrages collectifs, ouvrages, préfaces et traductions) portent principalement sur la fiction allemande des XIXe et XXe siècles, dans ses rapports avec l'Histoire. Il a notamment écrit Le Roman historique : Mann, Brecht, Döblin (PUF, 1996), Alfred Döblin. Théorie et pratique de l’"œuvre épique" (Belin, 2005), Fascisme & littérature pure. La fabrique d’Ernst Jünger (Agone, 2005). De l’auteur Alfred Döblin, il a également traduit et préfacé Voyage babylonien (Gallimard, L'Imaginaire, 2006) et Wallenstein (Agone, 2012).

 

Le prix Gérard de Nerval attribué cette année à Michel Vanoosthuyse récompense l’impressionnante qualité de ses traductions et son engagement obstiné et conscient au service d’un auteur qui peut être considéré comme l’un des plus grands romanciers de langue allemande du XXe siècle, malheureusement peu servi par les éditeurs français, si l’on excepte Berlin Alexanderplatz. Il est décerné cette année à l’occasion de la parution des textes de Döblin sur la littérature, sous le titre L’art n’est pas libre, il agit, aux éditions Agone, mais aussi en référence à la traduction par Michel Vannoosthuyse des 800 pages et plus du grand et magnifique roman historique Wallenstein (1920). Cette œuvre capture en quelque sorte, depuis le grand désastre européen de 1914-1918, la substance historique de la Guerre de Trente ans, soit l’un des cœurs de la mémoire allemande, déjà au centre de la tragédie éponyme de Schiller ou du Simplicissimus de Grimmelshausen, premier roman picaresque en langue allemande. Elle adopte une technique d’écriture et de composition qui font de Döblin un précurseur germanique de Gabriel Garcia Marquès et requéraient du traducteur un talent d’interprétation et d’écriture dépassant la seule productivité de l’empathie : la traduction qu’en donne Michel Vanoosthuyse se signale dès la première page par une inventivité exceptionnelle et une grande efficacité rythmique. On en perçoit d’autant mieux le principe en méditant les réflexions que Döblin consacre à l’écriture romanesque du XXe siècle dans L’art n’est pas libre, il agit, recueil d’articles subtils et originaux, au service desquels le traducteur sollicite une belle maîtrise dans un registre plus théorique et non moins exigeant.

Jean-Pierre Lefebvre

 

Valérie Malfoy

Prix Maurice-Edgar Coindreau à l’occasion de la traduction de l’américain de

Le Mur de mémoire d’Anthony Doerr (Albin Michel)

 

Valérie Malfoy a d'abord enseigné la philosophie et écrit quelques livres pour enfants sous divers pseudonymes avant de devenir traductrice littéraire, en particulier pour la collection « Terres d'Amérique », dirigée par Francis Geffard (Albin Michel).

Traductrice d'une soixantaine de romans dont L'Homme qui murmurait à l'oreille des chevaux de Nicholas Evans (1996), Valérie Malfoy s'est attelée à l'œuvre de Peter Robinson dont elle a traduit tous les livres jusqu’en 2010, notamment Beau monstre (2003) ; L’été qui ne s’achève jamais (2004) ; Étrange Affaire (2006) ; Le coup au cœur (2007) ; L’Amie du Diable (2009) ; Toutes les couleurs des ténèbres (2010), ainsi qu’à celle de Colin Cotterill : Le déjeuner du coroner (2006) et La dent du Bouddha (2007).   

Elle a également traduit La consolation des grands espaces de Gretel Ehrlich (1996) ; Retenir les bêtes de Magnus Mills (1998) ; Une fille de soldat ne pleure jamais de Kaylie Jones (1999) ; La guerre de Stratton de Laura Wilson (2009) ; Le masque de sang de Lauren Kelly (pseudonyme de Joyce Carol Oates) (2011) ; La Maison des Singes de Sara Gruen (2011) ; Ces choses que nous n’avons pas vues venir de Steven Amsterdam (2011) ; Les Affligés de Chris Womersley (2012) ; Swamplandia ! de Karen Russell (2012) ; La mort pour seule compagne d’Harry Bingham (2013).

 

La mémoire. “Sans elle, nous ne sommes rien”, dit Buñuel dans l’épigraphe qu’a choisi Anthony Doerr. Ce que nous sommes avec et par elle, et les formes qu’elle maçonne ou dissout, c’est le sujet de ces nouvelles sensibles, fines, légères et graves à la fois, comme la mémoire est muraille et fragile. Pointilliste, allusive, comme aux aguets, régie par un perpétuel présent, la narration mêle richement un être-au-monde attentif et les souvenirs qui le filigranent. Pour les vieilles personnes qu’elle fuit parfois, ou à qui on la vole, la mémoire, lorsque brutalement ou fugitivement elle revient, comble les trous de la conscience. Pour chacun, elle est tour à tour promesse (semence, graine, œuf ou racine) et trace (vieilles lettres, lieux submergés, espèces disparues, dalles funéraires). Gorgone fossile, grand poisson montant des profondeurs, l’immémoriel est source de sérénité. Qu’il y ait derrière ces beautés, cette fluidité, cette transparence, le superbe travail d’une traductrice, chacun l’oubliera aussi, ainsi qu’il est bon ; c’est, sans doute, que s’y lit un autre souvenir : celui du pur bonheur qu’elle en a éprouvé.

 

Marc Chénetier



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Chantal Thomas Grand Prix SGDL de littérature pour l’ensemble de l'œuvre L’échange des princesses (Seuil) Née à Lyon, Chantal Thomas est directrice de recherches au CNRS et spécialiste de la littérature du XVIIIe siècle. Elle a publié des essais sur Sade, Casanova, Marie-Antoinette et Thomas Bernhard ainsi qu’un recueil de nouvelles La vie réelle des petites filles (Gallimard, 1995) et un récit Cafés de la mémoire (Seuil, « Réflexion », 2008).  En 2002, elle obtient le Prix Femina pour son premier roman Les Adieux à ...

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